De la transparence et du malfaisant en politique.
Je relisais il y a peu l’ouvrage de Jean-Marie Proth, les parasites de la République, paru à l’aube de la campagne des régionales de 2004. 145 pages à charge contre tout à la fois les politiques menées par le conseil régional de Lorraine, le fonctionnement de cette institution et une partie des élus y siégeant à l’époque.
J’ai adoré l’échange un jour en commission permanente autour du financement de sèche-cheveux pour un salon de coiffure… Sachant qu’au CRL, comme d’ailleurs dans d’autres instances dans lesquelles débattent les élus, les commissions permanentes se déroulent loin du regard du public et des journalistes. Nulle obligation à ce manque de transparence, l’opacité se jouant tout autant dans les commissions et réunions de présidents de groupe. Mais voter des subventions, parfois étonnantes, se fait plus facilement en toute discrétion. Que l’on se rassure, ailleurs en France des CP sont publiques. En Lorraine, le public (et à fortiori les journalistes) ne sont pas assez mûrs pour cela m’a un jour expliqué un grand habitué du conseil régional.
Un ange passe, une valise dans chaque main… (Mettez-y ce que vous voulez.)
Tiens je profite de l’occasion pour suggérer à quelques mois (déjà) des échéances régionales et cantonales que les élus briguant ces présidences s’engagent à la transparence des débats dans leur assemblée, jusqu’à la commission permanente. Histoire que l’on sache un peu mieux où parfois va l’argent des subventions…
On peut toujours rêver…
Mais j’en reviens au livre de Proth, l’ancien conseiller régional. Il dresse dans son chapitre 4 un bestiaire parfois féroce mais sutout savoureux d’élus et de conseillers. Certains siègent toujours au CRL, d’autres pantouflent ailleurs, mais la plupart continuent leur parcours politique. Il aurait pu rajouter dans ses portraits quelques fonctionnaires – également toujours en activité aujourd’hui- et qui après la déroute de Longuet sont allés chercher d’autres pâtures, parfois proches de celle de l’hémicycle régional, pour y brouter une herbe souvent toute aussi savoureuse, voire plus encore.
Télescopage inattendu de l’actualité, la lecture de l’ouvrage en question avec l’actualité messine des collèges (tiens jetez un œil sur ces documents évoquant la carte scolaire en Moselle et figurant sur le site de l'inspection d’académie : Georges de la Tour et Barbot ont déjà fusionné, ils s’appellent « Centre »…) : prends ton téléphone, tape G-R-O-S pour sauver Schuman et l'emploi sur place de la fille du maire, tape B-O-H-L pour sauver Bernanos+Georges de la Tour+les mandats futurs de Jean-Luc et l’actuelle pseudo-majorité du CG57, tape P-A-L-L-E-Z pour sauver tous les collèges… (Et aussi la Planète?), tape…
Là je m’arrête, j’ai failli donner le nom de ... dont il se dit que…
Non, vraiment je ne veux pas en parler.
C’est pourtant bien à cette personne que j’ai pensé en relisant Proth.
Et la notion de malfaisant m’est immédiatement venue à l’esprit. « Qui se plaît à faire le mal, nuisible ». Une sorte d’exécuteur des basses-œuvres (comme les décrit si bien Gaëtan Avanzato) qui prendrait plaisir à gripper les rouages de la démocratie locale surtout dans son intérêt, parfois au profit d'un Prince.
Un élément de cette engeance unisexe (mais pas asexuée) finalement bien pire que les rats se goinfrant de fromage illustrant la couverture du livre de Proth. Non, un vrai nuisible. Mais qui n’est jamais seul. Et n’en désigner qu’un à la vindicte populaire n’aurait au fond que peu de sens. D’autant que ces personnages sont à la fois dangereux et nécessaires à l’exercice du Pouvoir et au fonctionnement de notre Démocratie.
Dangereux et nécessaires car utile à la régulation de ce même Pouvoir.
En mettant par exemple en difficulté un Prince qui aurait trop écouté l’un d’eux.
Soit le Prince réalise son erreur et prend de meilleures dispositions. Soit il persiste, perdra ses appuis, finira par chuter et un autre Prince, enclenchant un nouveau cycle, viendra le remplacer.
Parfois même en récupérant le malfaisant en question ! Ou un autre, pas si différent.
L’histoire politique de notre territoire, comme celle de tous les territoires, est cyclique.
Les malfaisants y ont une place assurée.
A l’aune inverse de la transparence déclarée de l’institution pour laquelle ils œuvrent officiellement.
Les Puissants le savent qui de temps en temps font un peu de ménage.
Mais que l’on se rassure, les malfaisants n'exercent pas qu'en politique, ils sont partout.
Même parmi les journalistes.